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Gâteau tête de nègre : son nouveau nom et son histoire

Tête au chocolat, merveilleux, othello : découvrez pourquoi ce gâteau a changé de nom et comment le réussir chez vous.

Gâteau tête au chocolat meringué coupé en deux montrant la ganache fondante à l'intérieur
Sommaire

Temps de lecture estimé : 6 minutes

Points clés à retenir

  • Villars (Suisse) a renommé le gâteau en tête au choco dès 1992
  • En France, le nom retenu est tête au chocolat ou tête-choco
  • Auxerre a renommé des confiseries similaires en 2014
  • La recette combine meringue italienne, ganache et copeaux de chocolat
  • Repos de 2h minimum au frais avant démoulage

Gâteau tête de nègre : nouveau nom, quelle histoire derrière ce changement

Le gâteau tête de nègre a fait couler beaucoup d’encre avant de changer d’étiquette. Derrière ce dessert de meringue et de chocolat, une pâtisserie née vers 1900 et attribuée au pâtissier Théophile Viau, qui l’appelait alors « l’empire ». Le nom controversé viendrait de sa forme ronde et de sa couleur sombre, une référence directe et datée qui a fini par poser problème.

Dans mon parcours entre cuisine et voyages, j’ai croisé ce genre de dessert dans plusieurs pays, sous des noms différents à chaque fois. Il est assez fascinant de voir comment une simple boule meringuée enrobée de chocolat a pu alimenter des débats publics pendant des décennies.

Tête de nègre : les nouveaux noms : Villars (Suisse, 1992), France, Auxerre (2014), Origine du nom, La recetteOuvrir l’infographie en grand

Pourquoi ce nom a fini par poser problème

Le Dictionnaire de l’Académie française situe l’apparition du terme « tête-de-nègre » au XIXe siècle, à une époque où ce vocabulaire circulait sans qu’on en interroge la charge. Avec le temps, la connotation liée à l’esclavage et à la colonisation est devenue difficile à ignorer.

Dès 1995, une consommatrice de Nancy avait exprimé publiquement son malaise face à ce nom affiché en vitrine, un témoignage relayé par Libération. Le débat a ensuite rebondi régulièrement, jusqu’à des décisions concrètes de la part de certains commerçants et fabricants.

En 2014, un chocolatier d’Auxerre a renommé deux confiseries portant des noms tout aussi problématiques, « négro » et « bamboula », suite à une plainte pour injure raciale. Le Monde a documenté cette affaire dans un article consacré aux gâteaux aux noms contestés.

Pour visualiser comment ce débat a été traité à la télévision suisse, cette vidéo de l’INA Arditube détaille l’intervention de Kofi Yamgnane, alors secrétaire d’État à l’intégration, sur la question des « têtes de nègre » rebaptisées.

Le nouveau nom officiel et ses variantes selon les pays

En Suisse, le chocolatier Villars a été précurseur : dès 1992, la marque de Fribourg a discrètement basculé vers l’appellation « têtes au choco », sans grand communiqué. C’est 24 Heures qui a documenté ce changement, révélant que les Romands ne mangeraient plus de « têtes de nègre » sous ce nom-là.

En France, le nom qui s’est le plus imposé est « tête au chocolat« , parfois raccourci en « tête-choco ». C’est l’appellation que reprend aujourd’hui Wikipédia dans sa fiche dédiée à ce dessert.

Chaque pays francophone a trouvé sa formule :

  • France : tête au chocolat, tête-choco
  • Suisse romande : tête au choco (Villars)
  • Belgique : melo cake
  • Canada : whippet

D’autres formulations plus descriptives circulent aussi, comme « boule choco », « meringue au chocolat » ou « tête meringuée », selon les régions et les artisans. La richesse du vocabulaire pâtissier francophone dit long sur l’attachement à cette pâtisserie, quand on y pense.

Les appellations créatives des pâtissiers

Certains artisans ont profité du changement pour donner un nom propre à leur création, loin de toute référence historique gênante. Dans le Nord, la maison Les Merveilleux de Fred a popularisé le terme « merveilleux » pour désigner sa version du dessert, aujourd’hui identifiée à Lille.

Le pâtissier parisien Sébastien Gaudard a choisi, lui, un nom plus littéraire : « l’Othello », clin d’œil shakespearien à la couleur du gâteau. D’autres commerçants ont opté pour « l’Arlequin » ou « boule choco », des noms de fêtes foraines qui évitent toute ambiguïté.

Tête au chocolat, merveilleux, othello : la même base ou presque

Sous ces noms différents, la recette reste globalement identique : une meringue (suisse ou italienne selon les artisans) garnie de crème au beurre au chocolat ou de ganache, puis enrobée de copeaux de chocolat noir. Les versions industrielles ont tendance à privilégier une crème au beurre plus stable, tandis que les artisans jouent davantage sur la ganache fondante.

Le « merveilleux » belge se distingue par sa garniture à la chantilly, plus légère, alors que le merveilleux du Nord de la France reste fidèle à la crème au beurre. Dans mon expérience de patron de bar habitué aux cartes de desserts, ce genre de nuance change la texture en bouche, entre le fondant et l’aérien.

Recette maison de la tête au chocolat

Pour reproduire ce dessert chez soi, la recette type de Marie Claire prévoit, pour 6 portions, 200 g de chocolat noir suisse, 100 g de blancs d’œufs et 180 g de sucre semoule pour la meringue italienne. Le sirop de sucre doit atteindre 110 °C avant d’être versé sur les blancs montés.

Pour la ganache, une recette de Cuisine plurielle propose des proportions simples à retenir : 130 g de crème, 130 g de chocolat noir et 40 g de beurre. Préparer la ganache soi-même permet de choisir un chocolat plus ou moins corsé, selon l’amertume que l’on aime.

Les étapes clés se résument ainsi :

  1. Monter la meringue italienne avec le sirop à 110 °C
  2. Préparer la ganache en faisant fondre chocolat, crème et beurre
  3. Assembler les deux préparations en dômes individuels
  4. Enrober de copeaux de chocolat noir
  5. Laisser reposer au moins 2 heures au frais avant de démouler
Respectez bien ce temps de repos au frais : c’est lui qui donne au dessert sa tenue quand vous le démoulez.

Côté conservation, ce gâteau se garde au réfrigérateur, à l’abri de l’humidité, pour éviter que la meringue ne ramollisse. Coupez-le en petites parts, car sa richesse en chocolat se savoure mieux à doses mesurées.

Où trouver ou commander ce dessert aujourd’hui

Entre boulangeries artisanales et rayons de supermarché, l’écart de qualité reste net. La marque La Véritable Tête au Chocolat, portée par l’Atelier de Laurent, revendique justement un savoir-faire artisanal fidèle à la recette d’origine, sans les additifs des versions industrielles.

En Suisse, Villars reste la référence historique pour les « têtes au choco » en grande distribution, avec une recette stabilisée depuis les années 1990. J’ai testé, je valide les deux approches, à condition de ne pas comparer ce qui n’est pas comparable : un dessert industriel se déguste vite, un dessert artisanal se savoure.

Ce gateau tete de négre nouveau nom raconte, à sa façon, une évolution du vocabulaire pâtissier français aussi révélatrice qu’un bon plat qu’on refait, année après année, en changeant juste l’étiquette qui va avec.